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En Iran, les Israéliens accusés de faire la pluie et le beau temps

 

liberation

Lundi, un général iranien a accusé l'Etat hébreu d'avoir «volé les nuages» afin de causer la sécheresse assoiffant son pays.

Les Israéliens, maîtres du temps ? C’est en tout cas la conviction d’un général iranien, qui a accusé lundi l’Etat hébreu de «vols de nuages» pour expliquer la terrible sécheresse qui accable son territoire. Comme le relate une dépêche AFP largement relayée et dont la sobriété du style ne fait qu’ajouter à l’absurdité des allégations, Gholam Reza Jalali, commandant de la Défense passive iranienne, a estimé à l’occasion d’un colloque que le «changement climatique en Iran est suspect». L’œuvre d’une «ingérence étrangère», et plus précisément celle d’«Israël et d’un autre pays de la région» (là, on imagine le militaire jeter un regard insistant en direction de Riyad, l’ennemi sunnite), capable «de faire en sorte que les nuages qui entrent dans le ciel iranien soient incapables de déverser la pluie».

Alors que l’on apprenait le même jour qu’un attentat visant un rassemblement d’opposants iraniens réunis en banlieue parisienne avait été déjoué à Bruxelles (Téhéran y voyant une machination américaine), le conspirationnisme poétique du général Jalali a servi d’interlude comique et de défouloir humoristique pour les Israéliens. On retiendra la blague d’une consœur, parlant fort à propos d’un temps très Mossad…

Le commandant complotiste a été ridiculisé par un compatriote, Ahad Vazife, le directeur de la météorologie nationale, qui a senti le besoin de rappeler à l’agence semi-officielle Isna qu’un «pays ne peut pas voler de nuages», ajoutant, en référence aux sécheresses californiennes, que «si c’était le cas, […] les Américains voleraient les nuages des autres pays». C.Q.F.D.
«Déchirer le ciel»

Néanmoins, si les Israéliens ont beau jeu de moquer des délires parano-météorologiques de l’appareil militaire iranien, on se permettra de rappeler une polémique récente absolument israélo-israélienne et tout aussi ahurissante, et qui a peut-être nourri les divagations du général perse. Fin décembre, le ministre de l’Agriculture israélien, Uri Ariel, confronté à quatre années de sécheresse hivernale (le phénomène est régional, comme l’a souligné l’Iranien Ahad Vazife dans son recadrage scientifique), a organisé aux frais du contribuable une prière de masse au mur des Lamentations, lieu le plus saint du judaïsme. Cette figure du sionisme religieux le plus radical, membre du parti le Foyer Juif, avait alors affrété des bus remplis d’agriculteurs des colonies auxquels il avait demandé d’apporter des parapluies, afin de «déchirer le ciel».

En présence des deux grands rabbins d’Israël, 2 500 personnes avaient ainsi prié pour que la pluie tombe sur les champs israéliens. Si la gauche laïque avait alors hurlé au gaspillage d’argent public pour une «séance de vaudou» (et le ministre de répliquer : «Ça ne peut pas faire de mal après tout»), le résultat – ou, plus sûrement, la coïncidence – fut immédiat : des torrents d’eau se sont abattus pendant plusieurs jours sur la Galilée et le Golan. Intervention divine ou manipulation d’Etat, mystiques et conspirationnistes du Moyen-Orient ont ceci de commun d’avoir la tête dans les nuages.

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